Paris is about life, right ?

Je suis dans le train qui me ramène vers Paris, après une échappée de quelques jours en Provence. Et je ne parviens pas à ignorer cette boule au ventre qui agrège une appréhension nouvelle et la conscience de ne pas tout à fait retrouver la ville d’où je suis partie. Il y a eu tant d’émotions contradictoires, depuis vendredi : le choc, plus violent encore qu’en janvier, la fébrilité terrifiée tant que chacun de mes proches n’avait pas confirmé qu’il était sain et sauf, l’empressement pour rassurer les amis, l’incrédulité, aussi, devant l’ampleur des événements. Je me sens comme une miraculée que mes cercles n’aient pas été touchés. C’était étrange d’être loin de Paris, ces jours-ci : une oscillation constante entre le sentiment de culpabilité et le soulagement.

Et maintenant ? C’est l’insouciance de la vie parisienne qui a été touchée. J’ai peur que nous perdions cette forme d’impertinence et la douceur de vivre, je crains de croiser des regards qui tressaillent à la moindre pétarade, je ne voudrais pas que Paris soit moins spontanée. Une interrogation revient incessamment : comment faut-il vivre, alors ? Ils nous ont rappelé que tout ceci ne tient qu’à un fil, à un sombre hasard, au destin ou à la fatalité. Au fond, nous le savions. Mais alors : vit-on assez fort ? Et que faudrait-il faire, de plus ou de mieux, pour envoyer valser l’appréhension dictée par ce « ça aurait pu être moi » dans de telles circonstances ?  Peut-être gagnerons-nous au moins une conscience lucide de tout ce qui nous rend heureux. L’énergie de lever les réserves qui nous retiennent, parfois. Et un appétit de vivre encore plus insatiable qu’auparavant.

Les photographies quotidiennes que recèle mon portable furent d’un réconfort inattendu : des apéritifs en terrasse, les sourires des amis, les déjeuners au bord de la Seine, les couleurs de l’automne au Luxembourg, un dîner d’anniversaire avec l’être cher, le crépuscule derrière la Tour Eiffel, l’enfilade des lampadaires du Pont Alexandre III, le matin, avant d’arriver au bureau, la burrata de Chez Julien, Notre-Dame en été, Montmartre sous la neige, les drapeaux du 14 juillet, les palmiers du Petit Palais, les escalators du Bon Marché et même des stations du métro aérien. Ces images sont autant de preuves de ces jolis instants, de cet hédonisme érigé en mode de vie mâtiné de désinvolture, qui parsèment la vie à Paris et que personne ne pourra nous voler. Parce qu’il suffira toujours d’une soirée ensoleillée pour que toute la ville se retrouve sur les quais. Cette joyeuse effronterie, qui les emmerde, reprendra ses droits. Non pas parce qu’il le faut mais parce que nous ne savons pas faire autrement.

 

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