Irksome happy endings.

Posted by on jan 14, 2014 in Prattle | 3 Comments

C’est en prenant des notes pour un morceau de fiction que quelques pensées vinrent s’entremêler à l’écriture. Je réfléchissais à la « fin ». Avec pour objet principal d’interrogation ce happy ending qui hante l’imaginaire, consolidé par les canons des comédies romantiques, la plume de Jane Austen ou – pire encore – de Perrault. En toile de fond, des discussions récurrentes sur ce à quoi aspirer dans la vie – tous les happy endings que l’on nous promet et qui s’abîment sur les exemples de proches pour lesquels cela ne s’est pas exactement passé selon cette logique-là.

Faudrait-il croire à une existence qui, toute entière, s’adapterait à la nécessité d’issue(s) heureuse(s), comme on croit au fatum – le destin… ou la fatalité ? Et que faudrait-il considérer comme une « fin » alors ? Parce que l’issue ultime de l’existence, jusqu’à preuve du contraire, demeure la même pour tout le monde, à plus ou moins brève échéance. Je ne suis pas très convaincue par les projections à cinq, dix ou quinze ans, pavées d’illusions, qui égrènent savamment quelques étapes « clefs » sans jamais rien prouver. Pourtant, j’ai aussi l’esprit conditionné par l’époque et par cette étrange pression qui, en dépit de toutes les déconstructions des modèles traditionnels, préconise encore les objectifs qu’il faudrait avoir atteints à chaque âge, comme des Graal intermédiaires vers cette indéterminée issue heureuse.

Seulement voilà : la vie ne garantit pas de happy ending. Elle hésite, elle tergiverse, elle nous laisse nous embarquer dans des aventures sans assurance de succès. Elle est la professionnelle de l’incertitude, de l’imprévu et de l’imprévisible. Si mon optimisme résilient m’incite à penser que in fine, tout ira bien, ce in fine m’exaspère pourtant. Et d’ici là ? Et après ? Se contenter de traverser la vie avec la perspective, ou le mirage, qu’un jour, « tout ira bien », c’est un peu comme passer à côté du nœud de l’intrigue. Et je suis convaincue qu’il existe, là, autour de nous, des aspirations qui transcendent ces modèles surannés, qui ne se posent pas dans l’attente ou l’expectative, qui se jouent des résolutions prudentes. Je continue de délabyrinther ce qui peut l’être, à coups de lectures, d’une attention accrue aux circonvolutions de l’existence, et de quelques trop rares exemples inspirants.

Je crois au « ici et maintenant », je crois à l’absolu, au bonheur qui s’infiltre jusque dans les pensées les plus infimes – même lorsque le vent n’est pas favorable, je crois aux bouleversements nécessaires, je crois aux numéros d’équilibristes, je crois à la sagesse et au déraisonnable. Et puisque nous n’avons que cette vie, je crois surtout au happy now.

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3 Comments

  1. Kewel
    14 janvier 2014

    Réflexion intéressante devant la grille d’un célèbre château où, à quelques mètres de là, un homme, face à une perspective monumentale, s’interrogeait de la même façon sur ce que l’Histoire retiendrait de son règne… sa vie ayant plutôt été « happy now » et sa fin n’ayant pas vraiment été « a happy end » ;-)

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  2. Mlle M
    14 janvier 2014

    Je suis tout à fait d’accord avec ton dernier paragraphe …
    Pour ma part, je n’ai jamais pu me projeter, je ne fais jamais de listes, je n’ai pas vraiment de projets, pas de rêves fous en attente, et quand on me demande ce que je vais faire, je réponds que je verrai bien. Je vis dans le présent et prend la vie comme elle vient, le bon comme le mauvais.

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  3. Emeline
    15 janvier 2014

    * Kewel : oh sa fin n’était pas si mal, pour son siècle, et il avait l’assurance de voir se poursuivre ce en quoi il avait toujours cru.

    * Mlle M : je suis admirative et aimerais être capable de dire la même chose mais je ne peux pas m’empêcher de me projeter – et parfois, ça me cause bien plus de soucis que de satisfactions !

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