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Le vacanze.

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La mer par la fenêtre et le vol des hirondelles, le cliquetis des mâts, les vocalises des mouettes et les vagues qui s’échouent sur la digue, les marguerites qui poussent dans le sable, le petit-déjeuner sur la terrasse, lire sur une plage déserte et entendre parler italien : les vacances. J’avais rêvé de l’Iran, de Bali et de la Birmanie mais cette fois-ci, après des semaines de pression et de nuits trop courtes, je n’avais plus l’énergie pour un long vol, un grand voyage ni un vrai dépaysement – ce sera cet automne. C’est donc l’Italie, pour le ressourcement, les conversations qui chantent et les assiettes colorées ; la Sardaigne pour la découverte et l’insularité. Je vous emmène pour une première promenade sur la côte Est de l’île, sur la plage de Santa Lucia di Siniscola.

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Le village se prélasse autour de trois plages, dont l’une, superbe, déserte en cette saison, bordée de dunes, de pins maritimes, de tamaris et de marguerites, d’un sable blanc-gris qui inonde jusque la chaussée voisine, à peine troublée par la danse des sternes et de jeunes cormorans.

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Ci vediamo !

Paseo en Buenos Aires.

Après des mois loin d’ici, je reprends doucement le temps de vous écrire. Ces derniers mois ont été d’une rare intensité professionnelle et à chaque accalmie, je préférais m’échapper – avalant ainsi le temps libre dans des promenades et des photographies que je n’ai toujours pas fini de trier ! Il faut à la fois accepter de ne pas pouvoir tout mener de front et de ne pas pouvoir donner à cet espace un contenu digne d’un blog professionnel. Alors plutôt que de me flageller parce que je ne parviens pas à écrire trois articles par semaine ou à éditer parfaitement chaque photographie, reprenons où nous en étions, avec la joie simple de l’amateur.

Pour (re)commencer, je vous emmène faire une première promenade dans les rues de Buenos Aires où j’ai passé quelques jours fin mars – j’ai profité d’un déplacement professionnel pour y rester un peu plus longtemps et explorer cette capitale d’Amérique latine aux accents européens. Avant mon départ, tous les collègues qui avaient déjà eu l’occasion de s’y rendre m’avaient dépeint la ville avec un enthousiasme sans faille et une foule de recommandations pour avoir un aperçu fidèle de cette cité aux diverses facettes en quelques jours.
Buenos Aires 2En haut : le long de Avenida de Mayo, le Palacio Barolo. En bas : La Boca, un slogan du 8 mars de la manifestation « Ni una menos » contre les violences domestiques, une devanture de San Telmo.

J’avais choisi de loger à San Telmo, un quartier ancien, pittoresque et visiblement en pleine évolution : les maisons récemment rénovées cohabitent avec des presque ruines envahies de végétation, les restaurants historiques côtoient sans complexes des bars conceptuels ou des cantines healthy. Fruit du hasard, L’Adresse, l’hôtel où je séjournais, est tenu par un couple de jeunes français, installés depuis cinq ans en Argentine et qui se sont eux-mêmes lancés dans la rénovation d’une maison coloniale décatie pour en faire un hôtel de charme, à deux pas de la calle Defensa, de son marché dominical et de ses antiquaires et de l’avenue Caseros qui fourmille de jolies terrasses.

Dès les premiers pas, le quartier vous immerge dans un contraste permanent, entre les caractéristiques d’une architecture familière – certains édifices évoquent Paris, les ruelles des villes de l’Hérault ou de Toscane – et des aspects jusqu’ici jamais observés – une palette chromatique inhabituelle, des façades qui arborent des œuvres de street art, des cours intérieures en enfilade qui ne ressemblent en rien aux patios andalous.

Buenos Aires 1À gauche et en haut à droite, les façades de San Telmo. En bas, à Palermo Soho.

Buenos Aires est un festival de couleurs vives, d’hommages à Maradona ou de délires bariolés, psychédéliques ou végétaux, de rues encadrées de verdure, de cours cachées derrières des portes cochères ou des balcons de fer forgé. Les portes étroites et rapprochées dessinent de jolies dissymétries et les devantures de magasins se parent d’enseignes désuètes – bonheur visuel pour tout amateur de typographie. Le jeu de la comparaison et des évocations ne faiblit jamais : certains immeubles des avenues qui s’échappent de la place de Mai ou du quartier de Recoleta arborent un vrai style haussmanien et le contraste entre le dépaysement et la familiarité est un étonnement sans cesse renouvelé. Je me suis surprise à y retrouver des airs de grandes villes des rives de la Méditerranée (Thessalonique, Rome, Marseille, Syracuse ou Bari) mais aussi, parfois, un air de West Village ou de Berlin.

Buenos Aires 4En haut à gauche, les façades de l’Avenida de Mayo ; à droite, la façade de la basilique San Francesco y San Roque à San Telmo.
En bas à gauche, un bus antédiluvien ; à droite, le Conseil municipal de Buenos Aires, sur la place de Mai.

J’ai profité de la fin de l’été austral comme d’un avant-goût de températures plus clémentes et, arrivée de New York encore sous la neige, la variation de 25 à 30°C était salvatrice. En trois jours de liberté, j’aurai parcouru quelques 70km à pied – arpentant tous les itinéraires de San Telmo au Retiro, de Recoleta à Palermo, de la Boca à Puerto Maduro. Les clichés ancrés dans l’imaginaire collectif du quartier populaire de la Boca, qui aurait vu la naissance du tango m’avaient évidemment devancée. Arpenter le Caminito et immortaliser les encadrements de fenêtres turquoises, le linge qui sèche, le chaos des façades, des balcons et des escaliersBuenos Aires 3

À gauche, une rue du nord de San Telmo. À droite, de haut en bas : une terrasse de Recoleta, une façade de San Telmo et la casa Rosada, siège du pouvoir exécutif, sur la place de Mai.

Mais de cette trop brève exploration, c’est Palermo Soho qui m’a le plus séduite : j’ai adoré son esprit bohème et un peu snob – comme un air du Meatpacking ! -, les avenues percées dans des tunnels arborés, y croiser des perruches plutôt que des pigeons, flâner entre les enseignes de créateurs locaux et résister à ces mille tentations, photographier chaque angle de chaque rue et siroter un smoothie en terrasse. En voici quelques images, qui tentent d’en capturer la douce nonchalance.

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Les plots colorés, les transats, les arbres et même les perruches en vol !

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Cette première découverte de l’Argentine m’a fait promettre d’y revenir pour en explorer les paysages mythiques. Et vous, avez-vous déjà été à Buenos Aires ? Et dans le reste du pays ? Quels en sont vos meilleurs souvenirs ?

Naxos.

Lors de ce périple grec, j’ai découvert Naxos. L’île est un équilibre parfait entre les paysages sauvages et tout en relief du Péloponnèse et le charme des Cyclades. Au carrefour de l’archipel, elle s’impose comme un refuge, sereine et accueillante. J’ai été surprise, dès les premiers pas dans Chora, par cette douceur de vivre, cet art de savourer l’instant sans empressement. Nous logions au sud de l’île, en bord de plage, et la route qui conduisait à l’hôtel n’était même pas revêtue. Un rêve – une sensation de bout du monde. Je n’avais prévu que trois jours à Naxos, j’aurais pu y passer plusieurs semaines sans me lasser. Tout m’y a enchantée. Je suis allée saluer Demeter et les iguanes qui ont investi le temple, au sommet d’une colline, au coeur d’un paysage de Méditerranée. À Chalki, j’ai rencontré une tisserande, dont le métier à tisser trônait au centre de sa boutique et j’ai visité la distillerie où la liqueur locale, le Kitron, à base de cédrat, est réalisée dans le même alambic depuis 1898. À Apiranthos, j’ai profité d’une halte à l’ombre d’un oranger pour goûter une baklava maison. Chaque virage de la route s’ouvrait sur des horizons maritimes parsemés d’îles – Paros, Ios, Koufonissia, Iraklia – ou sur la silhouette tutélaire du Mont Zeus, qui domine les Cyclades. Et partout, cette atmosphère rieuse et apaisante.

Au crépuscule, nous ne pouvions manquer le rendez-vous avec la porte d’Apollon. La magie opère : la pierre ocre accroche parfaitement la lumière rasante de la fin de journée et ses nuances dorées. Là encore, peu de monde. L’encadrement de ce vestige offre mille perspectives sur la mer, la ville, les découpes occidentales de l’île. Chaque angle est un émerveillement. Et à mesure que le soleil décline et que les vagues, elles aussi, capturent la lumière, il semble que l’atmosphère paisible se réifie mystérieusement, en une fraction de seconde, sur les arêtes de la porte d’Apollon ou sur les brins de romarin. J’ai une tendresse particulière pour le mot « ataraxie », pour sa sonorité, pour sa signification, pour tout ce quoi il fait tendre. À Naxos, l’ataraxie se devine. Elle s’est installée là et se laisse découvrir par fragments – sur les rivages de Plaka et de Pirgaki, sur les hauteurs de la citadelle, sur le port, dans les ruelles de Filoti.

Naxos fut une révélation, un alignement parfait. Une définition de la joie.

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Thira. Aka Santorini.

Kalimera ! Il y a un mois à peine, je suis partie en Grèce pour des vacances mère-fille et surtout, pour faire découvrir à ma mère les paysages dont je suis tombée amoureuse il y a cinq ans. Nous avons fait escale à Santorin. Si ce n’est une affluence bien moindre qu’en plein été, l’atmosphère, les températures, les couleurs saturées de soleil auraient pu nous faire croire que nous étions déjà en grandes vacances. Cette sensation de profiter de la coupure estivale avant l’heure était d’ailleurs fort agréable et je songe à réitérer l’expérience dès l’an prochain. Mais laissez-moi vous emmener dans les ruelles d’Oia et 300 marches plus bas, dans le petit port d’Ammoudi, où les calamars sèchent au soleil, sur les hauteurs de Pyrgos et sur les rivages noirs et rouges de l’île pour partager avec vous ma fascination intacte pour les paysages de la caldeira et les silhouettes des chapelles qui se découpent sur la mer Egée…

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Happy places.

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C’est arrivé dans le même week-end, dans deux villes différentes. Je me suis retrouvée, un peu par hasard, dans des lieux qui dégageaient une énergie positive, une espèce de dynamisme déterminé, une bonne humeur communicative. Samedi, c’était à Paris. Une amie américaine était là pour quelques jours et nous étions convenues de nous retrouver pour bruncher. Il n’y a pas tant de lieux qui proposent des brunchs le samedi dans Paris. Une recherche sommaire vendredi soir nous a conduites chez Régal, dans le VIème arrondissement. Les avis sur internet promettaient un brunch composé de produits frais et d’excellente qualité. Tout à fait exact. Nous nous sommes… régalées ! (Oui, je sais, elle était évidente). J’ai particulièrement apprécié la volonté de ne pas sombrer dans la facilité des viennoiseries et de proposer un menu qui incite à l’expérimentation. Mention spéciale pour la soupe de légumes du marché savamment relevée au safran, la sélection de fromages, la variété de thés et de jus Alain Milliat, et le moelleux de la brioche au chocolat. Il faut ajouter à ces louanges gustatives un cadre clair, élégant et sobre, une ambiance joyeuse, la joie manifeste des clients et surtout, la capacité de l’équipe à nous faire nous sentir comme à la maison dès les premiers échanges. On s’y sent habitué à peine passé le pas de la porte. Les trois maîtres de cérémonie chantonnent, reprennent un refrain en chœur, taquinent un retardataire, viennent discuter un peu, plutôt que de simplement s’enquérir de notre satisfaction. Le temps s’étirait pour profiter pleinement du moment que nous y passions. En sortant, nous avions une énergie nouvelle, un enthousiasme qui devait au moins autant à ce que nous avions mangé qu’à l’atmosphère du lieu. Comme si, tous les projets dont nous avions parlé pendant la durée de ce brunch pouvaient se réaliser en un claquement de doigts, portés par les bonnes ondes de chez Régal.

Dimanche, je partais à Amsterdam pour un déplacement professionnel. J’avais choisi un hôtel dans le quartier des canaux nord, dont j’avais gardé un excellent souvenir lorsque j’avais découvert cette ville l’année dernière. Une fois encore, j’avais dû composer avec des critères indépendants de ma volonté (un budget, un lieu de réunion, la proximité de la gare). Au point de rencontre de ces différents impératifs et de mon goût pour des hôtels qui ont une âme, du style et un indéniable confort, il y avait The Hoxton. L’adresse de Shoreditch résonnait comme une figure mythique de l’époque où je vivais à Londres. J’ignorais que l’institution s’exportait, désormais. C’était le lieu idéal pour ce morceau de week-end dans une ville que je connais assez mal et dont les contrastes m’ont à nouveau troublée. The Hoxton est bien davantage qu’un hôtel, c’est un lieu de vie : une bibliothèque, un restaurant, un salon, des ordinateurs et un accueil simple, souriant, amical : tout est fait pour s’y sentir bien dans la seconde. Ma chambre avait un petit air rétro qui m’a beaucoup plu, des petits mots plein d’humour et bienveillants étaient glissés un peu partout, et j’aurais pu passer des jours entiers dans le lit-cocon-nuage (avouerais-je que j’ai essayé d’identifier la marque de la literie et du linge de lit pour pouvoir reproduire cet effet-là chez moi ? mais ce fut un échec, hélas…). Le dîner s’est également révélé une belle surprise, aussi délicieux que réconfortant : assise dans un canapé, avec vue sur les cuisines, j’ai adoré l’idée d’un burger sain et végétarien, avec falafel, chips de persil et aubergine grillée, accompagné de butternut rôti. Cet hôtel, aménagé dans cinq maisons traditionnelles amstellodamoises en bord de canal, est un havre de confort, de joie de vivre et de style. Si j’y étais venue entre amis, nous y aurions refait le monde plusieurs fois dans les canapés de la mezzanine, probablement en sirotant les cocktails maison. Si j’y étais venue en amoureux, les petites tables en tête à tête auraient été le décor parfait d’un apéritif de retour de promenade, autour d’un verre de vin et d’une assiette d’inspiration italienne. Et seule, j’ai adoré pouvoir m’échouer dans un profond canapé en cuir, pour lire sous une lumière tamisée, avant de dîner.

Mon amie a qualifié Régal de « happy place » et c’est sans nul doute la meilleure définition pour ces deux lieux. Quelque chose d’ingénu, de vrai, de simple et de joyeux. Je ne pense qu’à y retourner avec des êtres chers, pour partager avec eux cette drôle d’énergie et tous les projets qu’elle fait naître.

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Left bank.

Redécouvrir Paris, aux derniers jours de l’été. En saisir les perspectives, s’étonner encore de la blancheur des façades, du contraste avec cette teinte azur du ciel, comme échappée des rivages méditerranéens – une indulgence pour prolonger un peu l’illusion des vacances peut-être. Guetter le détail inattendu dans une rue arpentée quelques centaines de fois. Se contorsionner pour un angle, pour les reflets sur la Seine, pour les promesses un peu candides d’amour éternel. Sourire à quelques souvenirs. Rêver d’un apéritif sur un balcon, rue des Beaux-Arts, au dernier étage d’un immeuble XVIIIème. Un jour.






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The heel.

Il faut se rendre à l’évidence, je développe une fascination pour les Pouilles. Tout m’émeut ici. Et je ne parviens pas vraiment à me l’expliquer. Les paysages sont la quintessence de la Méditerranée : des murets de pierres sèches pour faire office de cadastre, des oliviers, des vignes parfaitement soignées – l’histoire familiale me conduit à  toujours y porter une attention particulière, quelques reliefs et des villages qui hésitent entre la roche dorée de la région, friable, et qui s’est pliée à toutes les inspirations du baroque ou les façades chaulées qui, l’été, semblent s’écraser sous le soleil et ses quelques 38°C, à l’ombre. Et la mer, évidemment, qui trouve ici ses plus jolies nuances, une transparence turquoise, d’infinies étendues de sable clair et une température presque tropicale.

Mais ce que je savoure plus encore dans les Pouilles, c’est un art de vivre, un rythme délicieux de l’existence qui se prélasse. Encore à l’écart du tourisme estival, l’italien résonne partout, les rues et les places du centre-ville se livrent à la passeggiata lorsque le soleil amorce son déclin et que l’atmosphère devient plus respirable. Les persiennes se rouvrent, les bancs sont pris d’assaut  et les derniers rayons donnent cette tonalité merveilleuse aux façades – un ocre mordoré qui en fait ressortir chaque détail. Il suffit alors de s’asseoir en terrasse, pour un Bellini très frais et une bruschetta à partager sur laquelle les tomates et l’huile d’olive développent des parfums que l’on aurait presque oubliés. De la Grèce qui la colonisa, la région a conservé l’ataraxie.

Durant chaque journée de ce séjour, je mettrai l’accent sur un élément différent de ce qui fait le charme des Pouilles. Commençons par les lumières du crépuscule sur les façades. Ici, Manduria. 

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Milano.

Sur la route des Pouilles (monomanie, vous dites ?), une escale à Milan. Il aura fallu sept ans pour y revenir, sept ans à attendre patiemment que l’occasion se présente à nouveau, sept ans pour oublier les déceptions de cette première visite et se persuader que la ville méritait ce détour. Au moins pour La Cène et le Duomo rénové. Peut-être aussi pour la via Montenapoleone et le Corso Como. Pour les façades italiennes aux coloris défraîchis dont je ne parviens pas à me lasser. Pour les terrasses débordantes de lierre, aux airs de jardins de Babylone.

Nous avons retrouvé Milan sous une chaleur étouffante et l’avons arpenté pendant sept heures – à pieds, évidemment. J’ai cessé de compter les bouteilles d’eau fraîche et les kilomètres. La carte semble avoir survécu à une guerre. Mes ballerines les plus confortables se sont perfidement muées en objets de torture. Mais qu’importe : j’aurais revu Milan et aurais passé quinze précieuses minutes devant l’oeuvre de Léonard.

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Saint-Tropez etc.

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Chaque été – sans en omettre un seul de mon existence, l’escale varoise s’impose. La boussole n’indique plus que cette côte sud, sa route de corniche, la terrasse ensoleillée et la vue sur la mer. Le temps se prélasse, le rythme de la vie se cale sur le ressac, la journée toute entière se déroule dehors, bercée par la brise marine. Les conversations s’intéressent à la direction du vent – craignant toujours les bourrasques du Mistral, à la température de l’eau, aux entrées maritimes, à la lune qui se lève, aux poissons du marché ou aux saveurs des olives. Le reste du monde semble s’être alangui dans un flou très lointain – on le croise parfois au détour des unes de la maison de la presse mais guère davantage, comme si ces moments passés au bord de la Méditerranée n’étaient qu’une douce parenthèse. Le séjour s’égrène entre une escapade matinale à Saint-Tropez – l’ascension de la citadelle pour la vue sur le Golfe, les pieds dans la Ponche et une promenade le long des vitrines (et en particulier celles de la rue Clemenceau), l’éternelle exploration de Gassin – en quête de la photo que je n’aurais pas encore prise, les spécialités locales qu’il faut organiser en menus pour être certains de n’en oublier aucune et le bain de mer quotidien, évidemment.

Il y a le plaisir de l’habitude, des repères, des souvenirs. Il y a la redécouverte permanente et ces infimes changements qui suffisent à nourrir mille interrogations. Il y a les histoires de famille – souvent les mêmes, que l’on raconte inlassablement comme pour en raviver la mémoire. Il y a la pleine lune sur la calanque. Le choix de coupons de tissus pour les jupes qui seront confectionnées à l’heure de la sieste. Toutes les nuances de la baie, les criques dont les reliefs se dévoilent dans la lumière du crépuscule, les routes qui sillonnent dans les forêts de chênes-lièges, les vignes impeccables. La radio italienne que l’on attrape dans un virage. Les tourterelles qui viennent de sustenter des miettes du petit-déjeuner. Le chant des cigales. Les odeurs de garrigue. De lavande. De citronnade. De poisson grillé. De basilic.

Toute la douceur de vivre a pris ses quartiers sur ce rivage.

Quelques adresses ici, qui seront complétées peu à peu.

Shades of blue.

Hier, j’ai un peu vieilli (d’une seule journée de plus qu’avant-hier, certes, mais elle marquait cette charnière qui a une certaine tendance à m’effrayer).

Alors, si cela avait été possible, c’est dans ces paysages qui défilent que je serais allée me réfugier. Dans les ruelles désertes d’Oia au petit matin, dans les passages ombragés de Pyrgos sous le soleil écrasant d’une après-midi aux frontières de l’été, à Imerovigli, la bien-nommée, pour admirer toute l’ampleur de la caldeira jusqu’aux dernières lueurs du jour. Un éphémère dialogue entre les éclats du ressac et les émotions de l’instant.

Sous les yeux, toutes les nuances de la roche érodée, où la lumière s’accroche pour en révéler les étonnantes tonalités volcaniques. Je me verrais assez bien, dans une posture presque contemplative, devant une palette méditerranéenne, à concentrer un esprit indocile sur cet idéal présent qui proposerait à lui seul toutes les définitions de la beauté. Défier le temps par la conscience du monde.