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Office with a view.

Il y a toujours une légère tension entre le caractère passionnant d’un métier et le degré de stress auquel il faut faire face tous les jours, n’est-ce pas ? Le mien n’y fait évidemment pas exception. À ceci près que la localisation même du bureau permet quelques parenthèses – juste de quoi souffler quelques minutes devant une perspective dont je ne me lasse pas. Il est un moment peut-être plus privilégié encore, lorsque le soleil décline et que le ciel a semé de quoi accrocher la lumière, la nuancer davantage, jouer d’intenses variations. Je guette alors les premiers signes d’un crépuscule prometteur pour ne surtout pas manquer ce drôle d’instant où tout est parfaitement aligné. Et lorsque cela arrive, capturer une bouffée d’émerveillement, toujours renouvelé.

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Happy list.

  • Pendant le petit-déjeuner, observer les oiseaux qui viennent se rassasier à une boule de graines suspendue au buisson, juste devant la fenêtre.
  • Découvrir, de fil en aiguille, un groupe britannique, Arthur Beatrice ; s’extasier sur la qualité de leurs premiers titres ; les écouter en boucle ; les partager avec une oreille exigeante. Et aux notes de Late, danser, imperceptiblement, sur un quai de métro.
  • Manger la première glace de 2014 (yaourt / pistache – oui, c’est important). Et dès le lendemain, savourer la deuxième (poire / caramel – pour éviter les redondances).
  • Comme chaque année, s’étonner des prodiges du printemps et commenter, inlassable, ce vert tendre des saules pleureurs, le jaune vif des forsythias, le rose pâle des cerisiers du Japon.
  • Chaque soir, ou presque, prendre le temps de contempler le crépuscule – entre deux lampadaires, derrière la Tour Eiffel, dans le courant de la Seine.
  • Faire une erreur de réglage (mais chut…!) et se délecter du résultat.

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Zest.

Parfois, au beau milieu des carrefours de l’existence, alors que tout semble se jouer, que le répit de l’esprit ne devient qu’un lointain mirage, que toutes les conversations paraissent obéir à une immuable rotation autour des mêmes sujets pour ne devenir qu’un enchaînement d’insolvables interrogations, l’émerveillement surgit. Une fulgurante surprise, inattendue, inespérée peut-être, comme pour insister sur ces vieilles certitudes, sur ce credo tenace dans ces détails qui recèlent l’essence même de toutes mes aspirations. Nous avions trouvé refuge pour quelques jours de parenthèse sur cette côte dont je ne me lasserai jamais tant elle conserve ce je-ne-sais-quoi de l’enfance et nous profitions de ce luxueux calme que réserve l’arrière-saison. Le soleil décline dès seize heures et nous sommes allées plusieurs fois l’observer sur cette plage aux airs encore sauvages, où le panorama s’ouvre sur les îles d’Hyères, créant ainsi l’illusion d’une caldeira. Invariablement, je guettais les reflets dans le ressac, les sinuosités de l’écume, les déclinaisons d’une palette pastel et quelques ricochets. Mais ce soir-là, le spectacle fut tout autre. Sous d’autres latitudes, on fêtait Diwali – les lumières. Et peut-être fallait-il y voir une amusante coïncidence, un signe ou une célébration. Nous nous sommes assises sur le sable, un peu incrédules, devant ce crépuscule qui semblait ne jamais vouloir s’achever et sommes restées là, dans un silence à peine ponctué de « oh » ou de « ah », élémentaires expressions d’une émotion palpable, à mesure que les nuances du ciel s’intensifiaient, attentives juste à n’en perdre aucune variation. Le sable devenait miroir, la Méditerranée s’était parée d’un costume insoupçonné et chaque seconde qui s’écoulait tenait d’une saisissante alchimie.

Ce soir-là, il n’y avait plus rien d’autre au monde.






Cat Power, The Greatest.

Fall.

C’était à Londres, il y a déjà deux ans. J’y avais posé mes valises pour y vivre ma dernière année d’études dans un établissement qui m’avait fait rêver depuis l’enfance. J’étais arrivée avec des bottes en caoutchouc flambant neuves pour braver une météo britannique que précède sa détestable réputation. Et j’y ai finalement vécu le plus bel automne de ma vie.

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Le morceau Autumn Leaves, interprété par Eric Clapton.

 

Horizonless.

Dimanche matin. J’ignore ce que je venais chercher sur ces rivages bretons qui me sont si peu familiers. Un repos de l’esprit, peut-être, une sérénité maritime ou ces couleurs douces d’une palette qui avait fondu la mer et le ciel, effacé les lignes pour perdre le regard dans une réalité étrangement indistincte et créé les infinis chromatismes d’une lumière absente. Le paysage ne devenait qu’une évocation, des nuances de gris, de blancs, de bleutés. Les seuls indices d’un quelconque horizon se limitaient aux silhouettes des voiliers ou au mirage d’un phare. « La vie est un songe », paraît-il.



Left bank.

Redécouvrir Paris, aux derniers jours de l’été. En saisir les perspectives, s’étonner encore de la blancheur des façades, du contraste avec cette teinte azur du ciel, comme échappée des rivages méditerranéens – une indulgence pour prolonger un peu l’illusion des vacances peut-être. Guetter le détail inattendu dans une rue arpentée quelques centaines de fois. Se contorsionner pour un angle, pour les reflets sur la Seine, pour les promesses un peu candides d’amour éternel. Sourire à quelques souvenirs. Rêver d’un apéritif sur un balcon, rue des Beaux-Arts, au dernier étage d’un immeuble XVIIIème. Un jour.






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Bliss.

Il paraît que c’est la rentrée. Non pas que ce 2 septembre change fondamentalement l’écoulement du temps, de ces journées qui oscillent incessamment entre illusion de liberté et concentration paroxystique, mais tout de même. Il y a quelque chose dans l’air, quelque chose dans les étals de copies doubles et de cartouches, quelque chose dans le teint doré qui se fane, les bonnes résolutions, les listes de grandes ambitions, les premiers pas vers ce je-ne-sais-quoi qui doit nécessairement marquer une « année » qui commence en septembre. Il faudrait se dire pourtant que ce ne sont là que pures conventions et conserver un peu plus longtemps le bonheur extatique de ces semaines estivales, lorsque tout semblait s’ajuster au ressac, comme une harmonie simple et parfaite et lorsque les pensées apprivoisaient la sérénité. Il y a un lieu, dans le Var, où tous les éléments semblent obéir à un équilibre mystérieux. Un sentier littoral, entre criques et garrigue, sous un ciel bleu intense comme sait si bien le colorer la Méditerranée, l’odeur des pins mâtinés de romarin, de thym et de sel, des rochers érodés, et une plage aux faux airs de tropiques, presque déserte, et que l’on atteint après une promenade quasi méditative de quelques quarante minutes. Et pour cette rentrée, c’est là que je vous emmène.



 

The heel.

Il faut se rendre à l’évidence, je développe une fascination pour les Pouilles. Tout m’émeut ici. Et je ne parviens pas vraiment à me l’expliquer. Les paysages sont la quintessence de la Méditerranée : des murets de pierres sèches pour faire office de cadastre, des oliviers, des vignes parfaitement soignées – l’histoire familiale me conduit à  toujours y porter une attention particulière, quelques reliefs et des villages qui hésitent entre la roche dorée de la région, friable, et qui s’est pliée à toutes les inspirations du baroque ou les façades chaulées qui, l’été, semblent s’écraser sous le soleil et ses quelques 38°C, à l’ombre. Et la mer, évidemment, qui trouve ici ses plus jolies nuances, une transparence turquoise, d’infinies étendues de sable clair et une température presque tropicale.

Mais ce que je savoure plus encore dans les Pouilles, c’est un art de vivre, un rythme délicieux de l’existence qui se prélasse. Encore à l’écart du tourisme estival, l’italien résonne partout, les rues et les places du centre-ville se livrent à la passeggiata lorsque le soleil amorce son déclin et que l’atmosphère devient plus respirable. Les persiennes se rouvrent, les bancs sont pris d’assaut  et les derniers rayons donnent cette tonalité merveilleuse aux façades – un ocre mordoré qui en fait ressortir chaque détail. Il suffit alors de s’asseoir en terrasse, pour un Bellini très frais et une bruschetta à partager sur laquelle les tomates et l’huile d’olive développent des parfums que l’on aurait presque oubliés. De la Grèce qui la colonisa, la région a conservé l’ataraxie.

Durant chaque journée de ce séjour, je mettrai l’accent sur un élément différent de ce qui fait le charme des Pouilles. Commençons par les lumières du crépuscule sur les façades. Ici, Manduria. 

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Saint-Tropez etc.

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Chaque été – sans en omettre un seul de mon existence, l’escale varoise s’impose. La boussole n’indique plus que cette côte sud, sa route de corniche, la terrasse ensoleillée et la vue sur la mer. Le temps se prélasse, le rythme de la vie se cale sur le ressac, la journée toute entière se déroule dehors, bercée par la brise marine. Les conversations s’intéressent à la direction du vent – craignant toujours les bourrasques du Mistral, à la température de l’eau, aux entrées maritimes, à la lune qui se lève, aux poissons du marché ou aux saveurs des olives. Le reste du monde semble s’être alangui dans un flou très lointain – on le croise parfois au détour des unes de la maison de la presse mais guère davantage, comme si ces moments passés au bord de la Méditerranée n’étaient qu’une douce parenthèse. Le séjour s’égrène entre une escapade matinale à Saint-Tropez – l’ascension de la citadelle pour la vue sur le Golfe, les pieds dans la Ponche et une promenade le long des vitrines (et en particulier celles de la rue Clemenceau), l’éternelle exploration de Gassin – en quête de la photo que je n’aurais pas encore prise, les spécialités locales qu’il faut organiser en menus pour être certains de n’en oublier aucune et le bain de mer quotidien, évidemment.

Il y a le plaisir de l’habitude, des repères, des souvenirs. Il y a la redécouverte permanente et ces infimes changements qui suffisent à nourrir mille interrogations. Il y a les histoires de famille – souvent les mêmes, que l’on raconte inlassablement comme pour en raviver la mémoire. Il y a la pleine lune sur la calanque. Le choix de coupons de tissus pour les jupes qui seront confectionnées à l’heure de la sieste. Toutes les nuances de la baie, les criques dont les reliefs se dévoilent dans la lumière du crépuscule, les routes qui sillonnent dans les forêts de chênes-lièges, les vignes impeccables. La radio italienne que l’on attrape dans un virage. Les tourterelles qui viennent de sustenter des miettes du petit-déjeuner. Le chant des cigales. Les odeurs de garrigue. De lavande. De citronnade. De poisson grillé. De basilic.

Toute la douceur de vivre a pris ses quartiers sur ce rivage.

Quelques adresses ici, qui seront complétées peu à peu.

Rockstud.

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Parmi les choses de la mode – auxquelles je ne suis pas insensible – certains objets prennent une dimension particulière. Ils pourraient presque s’inscrire dans une espèce de collection, qui s’affranchirait donc de toute considération pratique ou rationnelle mais qui serait le résultat d’infinies méditations, de mille tergiversations, d’inspirations versatiles, de désirs persistants. Tout ceci obéit à d’étranges mécanismes réflexifs, où le temps joue un rôle clef, déjouant sans cesse le risque de l’impulsivité. Il y a le goût du détail ou de la finition, d’une matière, d’une nuance, d’un motif. Il y a la projection aussi – ce qui change ou ce qui marque. Le goût de la pièce forte, qui autorise une certaine souplesse, une simplicité nécessaire. Elle signe à elle seule une silhouette – et parfois même, devient une presque identité.