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Moleskine.

Moleskine

Il me faut un nouveau Moleskine. Des jours que cette injonction tourne en boucle dans mes pensées, encombrées d’idées, de rêves et de listes. J’ai toujours eu un carnet qui servait de prolongement à ce bavardage intérieur – taille intermédiaire, ligné, noir, à couverture souple. J’y ai toujours inscrit quelques phrases qui erraient, des listes de romans, de chaussures ou de destinations, des grands projets, des objectifs, quelques prises de note professionnelles, égarées là par erreur. Écrire est un premier accomplissement : une manière de donner un peu de consistance à ce qui ne serait, sinon, qu’une fugacité – comme on épingle un papillon.

Mon carnet Moleskine est aussi un catalyseur de rêves : il est un premier pas, une première action, une échappatoire, parfois, une recherche brouillonne de définition ou de résolutions. Il est aussi un outil de maïeutique – mettre des mots sur un état d’esprit, un état d’âme, un questionnement. Donc, nous y sommes, il me faut un nouveau Moleskine. Je me sens un peu perdue sans lui, contrainte de retenir chacune de ces pensées qui pourraient constituer le début d’un commencement, un soubresaut, le premier gravier. Et tout se bouscule : je devrais y inscrire une liste d’étapes pour un projet créatif, ces phrases éparses qui reviennent toujours, comme l’ossature de ce texte qui me brûle les doigts et dont je ne sais que faire, des idées d’articles, des budgets de voyages, ces résolutions que je ne tiens jamais.

Chaque carnet Moleskine est une nouvelle étape, un amoncellement d’expériences, un regard et des souvenirs. Le carnet qui m’a accompagnée toute l’année dernière est saturé et je relis avec des émotions diverses cet improbable inventaire. J’y ai consigné chaque étape de la recherche d’appartement et des préoccupations administratives auxquelles il fallait songer. Et ce projet qui me semblait hors de portée il y a encore quelques mois sera abouti dans quelques jours. J’y ai noté les titres des livres qui m’ont été conseillés. Plusieurs ont déjà nourri mon imaginaire. Tous les voyages que j’ai faits cette année ont commencé sur ses pages. Certaines recettes inscrites à la hâte sont devenues les bases de mon alimentation. Il est toujours la preuve tangible d’une évolution et du chemin parcouru.

Il me faut un nouveau carnet Moleskine parce que je rêve à plein régime. Il n’y a plus vraiment de limites au champ des possibles et pour la première fois, le temps n’est plus une menace. Tout avance, selon un rythme que je ne maîtrise jamais tout à fait mais auquel je peux donner quelques impulsions. J’ai à la fois le sentiment grisant de profiter de chaque instant et de disposer de perspectives ouvertes, émaillées de projets, modestes et grandioses. Pour la première fois, le temps est un allié. Il me souffle des étapes et m’assure de sa bienveillance. Je n’ai aucune envie que ça s’arrête mais il n’y a plus l’étouffement de l’urgence. Il me semble parfois que ce point d’équilibre entre le moment présent, ce qui se réalise pas à pas et ces horizons dégagés est très exactement ce qui me rend heureuse – cette espèce de mouvement perpétuel. Le bonheur ne peut décemment être un état statique.

Happiness Jar.

Happiness jar

J’ai une affection particulière pour Elizabeth Gilbert. On pourra dire tout et son contraire de Eat, Pray, Love et la posture la plus intellectuellement correcte serait probablement de qualifier son auteure d’Américaine en pleine crise existentielle et sans recul sur le monde qui croit pouvoir faire de son expérience personnelle un guide pour l’humanité toute entière et au pire d’ouvrage mièvre et sans relief. Deux interprétations avec lesquelles je suis en profond désaccord. Je la crois sincère sur ses intentions de départ et, à l’époque où j’ai lu son livre, j’en ai apprécié le caractère authentique, un peu naïf et émerveillé, et surtout, le dynamisme qui s’en dégageait. Elle a avant tout démontré qu’il n’y a pas de fatalité et qu’une vie, même lorsqu’elle est déjà bien engagée sur un chemin convenu et a priori satisfaisant (au moins socialement), peut être bouleversée afin d’opérer un virage drastique. J’aime bien le message selon lequel rien n’est parfaitement établi, qu’avec un peu de volonté, de courage et un soupçon d’inconscience, il n’est jamais trop tard pour changer ce qui ne nous rend pas parfaitement heureux. Et que le bonheur n’est jamais qu’un exercice.

C’est d’ailleurs là que je veux en venir. L’année dernière, j’ai donc réalisé mon plus vieux rêve. Et oui, je suis profondément heureuse et reconnaissante d’en être là. Mon optimisme forcené affiche l’arrogance de celui qui avait raison à chaque fois que mon caractère de Française (ou pire, de Parisienne) entend prendre le dessus et me conduirait à râler. Mais il est évident que la réalisation de ce rêve-là porte en elle-même de nouveaux défis, pose de nouvelles questions, crée de nouvelles incertitudes. Et, au quotidien, il y a, bien sûr, certains motifs d’insatisfactions ou d’anxiété. Il serait assez aisé, les jours de moins bien, de se laisser aller au confort de pensées négatives. Mais ce serait contre mes convictions.

Alors, lorsque Liz (permettez que je l’appelle Liz) a publié sur son compte Facebook, courant janvier, un petit message sur sa « happiness jar », j’étais déjà conquise. L’idée : transformer la kyrielle de jolis moments que nous vivons tous sans vraiment nous en apercevoir en autant d’événements conscients du quotidien et en objet tangible, une jarre remplie de petits papiers sur lesquels on inscrit, chaque soir, les meilleurs instants de la journée, ceux qui nous ont enthousiasmés, ceux dont nous sommes reconnaissants, ceux qui nous font avancer (par exemple, tenez, un café avec des amies pour couper la journée, une attention particulière de l’être aimé, un compliment, une liste de tâches réalisée de bout en bout, une réunion inspirante, la lecture d’un article intéressant, un déjeuner satisfaisant), ou juste un élément qui a participé à nous faire sourire (un joli coucher de soleil, une vitrine alléchante, une scène amusante dans la rue). Liz explique que, dans les moments où le moral flanche un peu, il lui suffit de regarder la jarre physiquement remplie de bons moments, pour retrouver une énergie positive – et si la seule contemplation ne fait pas effet, on peut toujours tirer quelques papiers au sort et les relire.

J’ai poussé le vice jusqu’à concevoir la chose comme un véritable objet de décoration, en choisissant des coloris de papiers qui se marient avec leur environnement et je compte bien leur offrir un récipient plus adapté que le vase dans lequel ils sont glissés (et faire une virée chez Adeline Klam pour agrémenter le tout de papiers japonais). Bref. Ce truc me met bêtement en joie. Passer en revue les moments agréables de chaque journée me conduit à en profiter davantage au moment même où ils surviennent, ou à les provoquer, lorsque je sens que les choses prennent une tournure critique. Regarder les petits papiers s’accumuler me ravit scandaleusement. Je rêve de ce à quoi ce machin pourra bien ressembler dans dix ans. Et m’amuse à la seule idée que, finalement, les « grands » moments de la vie y seront à la même enseigne qu’une foultitude de petits instants heureux.

Brand New Year.

L’année 2015 aura été d’une intensité particulière. La dramatique intensité des événements qui ont frappé notre pays résonne encore en chacun de nous et, qu’on le veuille ou non, a altéré quelques habitudes – pour vivre plus fort ou mieux qu’avant, peut-être ? Chez moi, il y a une conscience limpide, désormais, du temps qu’il ne faut pas perdre. Mais 2015, dans son contraste radical, est aussi l’année d’une intensité joyeuse, l’année où ma vie a changé. Je ne cesse de me réjouir de l’étendue des possibles, là, béante. Il n’y a rien d’autre que j’attende de 2016 que de poursuivre sur ce chemin, semé de joie.

Alors, pour 2016, je vous souhaite des horizons dégagés, de nouveaux rêves et quelques uns qui se réalisent, un bonheur contagieux, des frontières à traverser, des crépuscules sur la mer, des saveurs inconnues, d’étonnantes découvertes et mille éclats de rire.

* HAPPY NEW YEAR, FOLKS *

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Made of hopes and dreams.

Il y a quelques semaines, je me suis lancée, un peu par hasard, dans une quête qui contraste singulièrement avec mes priorités coutumières : l’achat immobilier. Oh, ne nous emballons pas puisque rien ne presse mais mon tempérament de cigale m’a soufflé qu’il serait peut-être temps de songer aux choses sérieuses ou au moins à celles qui durent – pourtant, croyez-moi, je suis d’avis que les souvenirs de voyages sont aussi des investissements essentiels et je vous épargnerai mon raisonnement sur les articles de maroquinerie.

Dans cette curieuse entreprise, je me retrouve confrontée à plusieurs problématiques auxquelles je ne m’attendais pas ou que je refusais d’anticiper – mis à part pour les billets d’avion, j’anticipe assez peu, j’en conviens. La première : je suis au moins autant enthousiaste que mortifiée à l’idée de me conformer, un peu malgré moi et sans que cela ait fait l’objet d’une projection quelconque, à l’un de ces impératifs insidieux et absurdes de tout ce qu’il faudrait avoir fait avant trente ans. Je ferai donc une affaire personnelle de ne cocher aucune autre case. Ensuite, mon tempérament optimiste, passionné et parfois, légèrement irréaliste, s’accommode assez mal des contraintes bassement matérielles d’un projet comme celui-ci.

Au cours des dernières années, j’ai compulsé un nombre substantiel de magazines et de blogs de décoration : mon imaginaire s’est nourri d’images d’intérieurs parfaits, de surfaces confortables et baignées de lumière, d’espaces ouverts, atypiques, généreux, de vues dégagées, de balcons pour paresser, de parquets blanchis, de jeux de matières, de toutes les nuances du blanc, de grandes fenêtres et des charmes de l’ancien. Dans la vraie vie, j’habite un appartement orienté plein ouest qui m’offre la joie régulière de couchers de soleil dans le salon que je ne me lasse pas de photographier (évidemment). Mon esprit se complaît donc dans la quête d’un lieu qui matérialiserait tous ces éléments. Et c’est ainsi, munie d’une liste de critères que j’ose à peine exposer aux agences, que je scrute et dissèque chacune des annonces, m’approchant parfois dangereusement d’une espèce de Graal habitable, sans toutefois avoir encore jamais éprouvé ce sentiment d’évidence, moteur d’une décision irrévocable – oserais-je la comparaison ? un peu comme tomber amoureuse.

Mais les caractéristiques de l’appartement rêvé ne sont pas mes seuls tourments. Sa localisation engendre également d’infinies tergiversations. J’imaginais bien, au départ, poser mes valises dans cette ravissante banlieue ouest, où les villes s’organisent autour de châteaux plus ou moins remarquables et portent déjà les traits d’une vie presque provinciale, à trente minutes de la capitale. Les footings dominicaux en forêt pèsent assez lourd dans mes projections – ils sont gage d’équilibre. L’horizon dégagé, la possibilité d’une terrasse et le repos de l’agitation parisienne également. Pourtant… Paris m’attire encore – et vous dire que je m’en étonne tiendrait de l’euphémisme. J’en viens parfois à me dire qu’acquérir mon premier appartement hors les murs relèverait presque de la trahison, une forme de lèse-rêves-d’enfance. La seule perspective de pouvoir envisager un déplacement d’un « chez moi » au bureau à vélo suffit à provoquer une espèce de petite décharge de joie – et oui, l’image des vélos italiens à la sellerie sublime n’y est certes pas étrangère. Alors me voilà, finalement, à m’interroger : le choix de l’arrondissement équivaut-il à un choix de vie ? Aimer profondément le 11ème est-il contraire à mon identité scandaleusement « rive gauche » ? Est-ce bien sérieux de considérer un achat immobilier au prisme des marchés alentours ? Et courir au Luxembourg a-t-il la même saveur qu’une forêt dont la mousse amortit la foulée ?

Mais ne dit-on pas « home is made of hopes and dreams »… ? J’ai assez bien intégré ce précepte, semble-t-il.

photo

 

Long time no see.

Tiens, vous passez encore par ici, après dix-huit mois de silence ? Formidable ! Je me réjouis de vous retrouver. Il y a eu quelques chambardements, pendant tout ce temps, croyez-moi : une année entière entre parenthèses, le nez dans les révisions pour réussir où j’avais échoué la première fois. J’ai eu la chance inouïe de réaliser mon plus vieux rêve et cette petite décharge émotionnelle qui se manifeste encore à chaque fois que je décline mon identité professionnelle est un signe qui ne trompe pas. Et puis, j’ai savouré quelques mois d’insouciance, marqués par de nouvelles rencontres, de jolis voyages, d’interminables discussions sur le métier, les souliers, les romans de Rufin, l’équilibre, l’alimentation bio. De quoi faire oublier une année… compliquée.

Sur ma « to do list », je n’ai cessé de noter « reprendre le blog », un peu comme un vœu pieux. Mais nous y sommes, semble-t-il : un nouveau décor, les idées qui fourmillent. Alors, où en étions-nous ?

Dip passport

Unfinished.

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Une porte entr’ouverte comme le matériau de l’imaginaire. Les persiennes encore closes, pour conserver, dedans, la sensation de fraîcheur. Une peinture qui s’écaille et les derniers élans d’une majesté passée offerts au crépuscule italien qui s’attarde encore. Une tonalité gris-bleu comme le fil conducteur de pensées à la dérive, les échos d’un tableau – un lac, un château, la brume matinale, des voiliers –, le regard qui fouille l’entrée pour deviner un jardin et les songes qui y déposent deux chiliennes – l’une à rayures, l’autre à motifs floraux – toujours dans les nuances d’un ciel un peu délavé, une pile de livres, un être cher. Aux derniers instants du jour, le temps s’éternise dans l’embrasure de cette porte, immobile, à l’entrée de la cour, guettant peut-être les histoires qui pourraient s’y déployer. De celles qui ne s’achèvent jamais…

 

Shades of blue.

Hier, j’ai un peu vieilli (d’une seule journée de plus qu’avant-hier, certes, mais elle marquait cette charnière qui a une certaine tendance à m’effrayer).

Alors, si cela avait été possible, c’est dans ces paysages qui défilent que je serais allée me réfugier. Dans les ruelles désertes d’Oia au petit matin, dans les passages ombragés de Pyrgos sous le soleil écrasant d’une après-midi aux frontières de l’été, à Imerovigli, la bien-nommée, pour admirer toute l’ampleur de la caldeira jusqu’aux dernières lueurs du jour. Un éphémère dialogue entre les éclats du ressac et les émotions de l’instant.

Sous les yeux, toutes les nuances de la roche érodée, où la lumière s’accroche pour en révéler les étonnantes tonalités volcaniques. Je me verrais assez bien, dans une posture presque contemplative, devant une palette méditerranéenne, à concentrer un esprit indocile sur cet idéal présent qui proposerait à lui seul toutes les définitions de la beauté. Défier le temps par la conscience du monde.