Happy list #1.

  • Pendant le petit-déjeuner, observer les oiseaux qui viennent se rassasier à une boule de graines suspendue au buisson, juste devant la fenêtre.
  • Découvrir, de fil en aiguille, un groupe britannique, Arthur Beatrice ; s’extasier sur la qualité de leurs premiers titres ; les écouter en boucle ; les partager avec une oreille exigeante. Et aux notes de Late, danser, imperceptiblement, sur un quai de métro.
  • Profiter de la présence parisienne d’un ami d’enfance pour une après-midi buissonnière entre le Marais et le Canal Saint-Martin, une intarissable conversation, mille nouveaux angles sur la ville à immortaliser sous le soleil.
  • Manger la première glace de 2014 (yaourt / pistache – oui, c’est important). Et dès le lendemain, savourer la deuxième (poire / caramel – pour éviter les redondances).
  • Comme chaque année, s’étonner des prodiges du printemps et commenter, inlassable, ce vert tendre des saules pleureurs, le jaune vif des forsythias, le rose pâle des cerisiers du Japon.
  • Chaque soir, ou presque, prendre le temps de contempler le crépuscule – entre deux lampadaires, derrière la Tour Eiffel, dans le courant de la Seine.
  • Un déjeuner en terrasse, les lunettes de soleil vissées sur le nez.
  • Apprendre de vraies bonnes nouvelles et se réjouir jusqu’aux plus lointains tréfonds de l’être – vous savez, lorsque soudain, vous pourriez presque planer.
  • Craquer sur une nouvelle nuance de rouge à lèvres, qui finalement n’a rien à voir avec celles qui faisaient l’objet d’infinies réflexions depuis plusieurs semaines.
  • Faire une erreur de réglage (mais chut…!) et se délecter du résultat.

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Empirical bliss.

Mes amis, 2014 vibre bien mieux que sa prédécesseur. Après tout, le titre Happy a envahi toutes les ondes. Coïncidence ? Je ne pense pas.

Outre la recherche des instants heureux au quotidien, le volet empirique de ces résolutions comprend également de véritables parenthèses. Lorsque toutes les conditions sont réunies pour passer bien plus que juste un instant heureux mais 24h, peut-être 48h même, de plénitude absolue. Par exemple tenez : une meilleure amie, une maison où affleurent mille souvenirs d’enfance, des champs, une forêt, un lavoir, le ciel bleu, pas le moindre soupçon de réseau téléphonique, le printemps qui s’éveille et ses premiers bourgeons, 17 degrés à l’ombre, des fraises, un gâteau chocolat-poires, du Ruinart, le parquet qui craque, plusieurs fous-rires. Et ce sentiment grisant de ne vivre que la seconde qui s’écoule, comme si tout le reste – l’avant, l’après – s’évanouissait de lui-même.

Je vous laisse avec quelques images, ressourçantes.



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Happy. Again.

On me dit à l’oreillette que je déserte le lieu, que ce n’est pas sérieux, que j’avais pourtant dit… Oui, oui. Mille excuses. Mais la « vraie » vie avait repris le dessus.

C’était il y a deux ou trois semaines. Par curiosité, et aussi avec la conviction tenace qu’il y avait quelque chose (mais quoi ?!) à en extraire, je visitai le Happy Show à la Gaîté Lyrique. Avec les réflexions qui m’animent et dont je vous ai déjà fait part, comment passer à côté d’une telle initiative ? Sur le fond, rien de bien nouveau – il faut dire qu’après la lecture d’une petite dizaine d’ouvrages sur la notion de bonheur je n’arrivais pas exactement en béotienne – mais sur la forme, l’idée était enthousiasmante : mettre le graphisme et l’art contemporain au service de ce qui constitue la vie bonne. Oui, oui, encore et toujours.

J’ai donc dansé en remuant les fesses devant la toile d’araignée – ceux qui savent, savent. Mais il s’est passé bien davantage que ce délicieux moment de ridicule. Comme un déclic. Comme si le visuel – ou l’agitation de l’arrière-train, qui sait ?! -, tout à coup, permettait d’accéder à tout le conceptuel glané au fil des pages depuis, allez… novembre. Je transcendai l’enthousiasme pour une espèce d’énergie euphorique, un truc indicible, tant j’eus la sensation que mille nœuds se délaçaient, comme en claquant des doigts.

Dans la foulée, je retrouvai ma meilleure amie pour une parenthèse que nous nous accordons presque chaque semaine. Et là, le déclic s’amplifia. Un peu comme si, soudain, tout était parfaitement aligné – surprenant de limpidité. Il est encore un peu trop tôt pour présager de ce qui pourra bien découler de tout cela. Mais qu’importe au fond puisqu’on a dit qu’on se concentrait sur l’essentiel et qu’on se moquait de l’issue. Non seulement le bonheur (et je me fiche que ce mot soit connoté de mièvrerie ou de douces illusions) requiert une attention constante, une véritable ouverture au monde, mais en plus, il ne conduit ni à esquiver les difficultés ni à de petits arrangements avec sa conscience.

On se fiche des imperfections, des faiblesses ou de ce sentiment d’égarement devant des constructions (mentales ? sociales ?) qui ne sont peut-être pas aussi solides que prévues. Puisque l’essence même de l’existence, c’est de la saisir à chaque instant, comme elle se présente. Avec ses surprises, ses risques, ses imprévus, ses incertitudes. Je suis fatiguée de la demie mesure, des hésitations, des craintes, des cadres, du comme il faut, du c’est comme ça, du je ne sais pas, peut-être, plus tard. Quelle que soit l’angle par lequel je la regarde, il y a quelque chose de triste dans cette perception de la vie. Je n’ai ni envie d’en perdre le sel, ni de lui opposer la moindre résistance.

Tenons-nous en plutôt à René Char – mon point cardinal : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront ».

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Et dans la même veine, peut-être avez-vous entendu parler du défi « 100 Happy Days » ? Qu’en dire si ce n’est que je ne peux que vivement vous encourager à le faire ! Je relève le mien sur Instragram (@dolcevitaparis). 

Abeyance & restlessness.

Lorsque mon cerveau exsangue n’est plus en mesure d’intégrer la moindre information, je finis systématiquement par de longues minutes d’errance sur internet, voguant d’une idée à une autre et faisant défiler mécaniquement les fils d’actualité des réseaux sociaux. Il n’est besoin d’aucune réflexion pour réaliser la vacuité et l’insignifiance de pareilles activités. L’ennui, c’est que nos existences post-modernes sont pavées de ces distractions chronophages, d’une certaine idée de l’urgence, d’addictions qui taisent leur nature. Ce sont des heures qui s’écoulent finalement dans cette espèce d’étourdissement virtuel. Et qu’en retire-t-on ? Puisqu’il semble par ailleurs que les journées sont toujours trop courtes pour consacrer le temps nécessaire à l’essentiel.

Un essentiel qu’il reste peut-être même à définir et qui s’inscrit naturellement dans cette aspiration millénaire à la « vie bonne » et qui m’occupe un peu, dernièrement. Il y a certes les grands objectifs de vie – ceux qui sont presque tangibles et qui, chez moi, ne sont parvenus à dessiner leurs contours que dans le domaine professionnel. Mais cela ne suffit pas. Sans même s’atteler à la vie sentimentale – cet absolu flou artistique dont je ne suis pas certaine qu’il faille attendre quoi que ce soit – je m’interroge sur la meilleure manière d’occuper le temps, pour ne pas le perdre, mais en saisir toute la substance et émailler la vie de cet essentiel encore nébuleux. Voyons…

J’y mettrais spontanément les êtres les plus chers, pour cette sensation d’accéder auprès d’eux à toute la profondeur de l’existence, une dimension exaltante où tout semble entrer en résonance. Ensuite, la perpétuelle recherche de la beauté : celle des mots qui s’ajustent parfaitement – se concentrer ainsi sur le panthéon de la littérature ? -, celle d’images qui captivent, celle qui surprend lorsque l’on s’y attend le moins – une lumière, une tonalité, un paysage qui se révèle, le brouillard qui se lève -, celle de ces airs dont sourdent d’extraordinaires émotions, où la conscience s’enlise. L’essentiel n’est-il pas fait également des découvertes, d’une intention de tendre vers l’élégance et la sagesse, d’un inlassable émerveillement ? Enfin, j’ajouterais ces instants où il semble ne rien se passer, où l’esprit se pose, comme pour observer le présent qui ne cesse de s’échapper, accordant une importance cruciale à ce qui est.

Ainsi, c’est toute l’organisation du quotidien qu’il faudrait repenser : les insignifiances ne viendraient alors que le saupoudrer, lorsque tout le temps nécessaire aura été accordé aux fondamentaux. L’essentiel naît de l’équilibre.

Irksome happy endings.

C’est en prenant des notes pour un morceau de fiction que quelques pensées vinrent s’entremêler à l’écriture. Je réfléchissais à la « fin ». Avec pour objet principal d’interrogation ce happy ending qui hante l’imaginaire, consolidé par les canons des comédies romantiques, la plume de Jane Austen ou – pire encore – de Perrault. En toile de fond, des discussions récurrentes sur ce à quoi aspirer dans la vie – tous les happy endings que l’on nous promet et qui s’abîment sur les exemples de proches pour lesquels cela ne s’est pas exactement passé selon cette logique-là.

Faudrait-il croire à une existence qui, toute entière, s’adapterait à la nécessité d’issue(s) heureuse(s), comme on croit au fatum – le destin… ou la fatalité ? Et que faudrait-il considérer comme une « fin » alors ? Parce que l’issue ultime de l’existence, jusqu’à preuve du contraire, demeure la même pour tout le monde, à plus ou moins brève échéance. Je ne suis pas très convaincue par les projections à cinq, dix ou quinze ans, pavées d’illusions, qui égrènent savamment quelques étapes « clefs » sans jamais rien prouver. Pourtant, j’ai aussi l’esprit conditionné par l’époque et par cette étrange pression qui, en dépit de toutes les déconstructions des modèles traditionnels, préconise encore les objectifs qu’il faudrait avoir atteints à chaque âge, comme des Graal intermédiaires vers cette indéterminée issue heureuse.

Seulement voilà : la vie ne garantit pas de happy ending. Elle hésite, elle tergiverse, elle nous laisse nous embarquer dans des aventures sans assurance de succès. Elle est la professionnelle de l’incertitude, de l’imprévu et de l’imprévisible. Si mon optimisme résilient m’incite à penser que in fine, tout ira bien, ce in fine m’exaspère pourtant. Et d’ici là ? Et après ? Se contenter de traverser la vie avec la perspective, ou le mirage, qu’un jour, « tout ira bien », c’est un peu comme passer à côté du nœud de l’intrigue. Et je suis convaincue qu’il existe, là, autour de nous, des aspirations qui transcendent ces modèles surannés, qui ne se posent pas dans l’attente ou l’expectative, qui se jouent des résolutions prudentes. Je continue de délabyrinther ce qui peut l’être, à coups de lectures, d’une attention accrue aux circonvolutions de l’existence, et de quelques trop rares exemples inspirants.

Je crois au « ici et maintenant », je crois à l’absolu, au bonheur qui s’infiltre jusque dans les pensées les plus infimes – même lorsque le vent n’est pas favorable, je crois aux bouleversements nécessaires, je crois aux numéros d’équilibristes, je crois à la sagesse et au déraisonnable. Et puisque nous n’avons que cette vie, je crois surtout au happy now.

All things considered…

Hier, mon ordinateur m’imposait une mise à jour de tout le système d’exploitation et, en le rallumant, je découvris avec horreur qu’iPhoto ne répondait plus. Après un bref instant de panique, je réalisai qu’il ne s’agissait que de le mettre également au niveau – changeant ainsi la petite icône et perturbant un peu mes repères bien ancrés. Cette courte frayeur me conduisit à parcourir en détail les clichés signalés comme « favoris » de ces derniers mois, comme pour mieux m’en imprégner et me remettre ainsi du presque désespoir de les avoir perdus. Et il fallut se rendre à l’évidence. 2013 n’aura pas été aussi dramatique que cela. Outre la fin des retranchements, le sentiment de m’être abîmée çà et là, la sortie précipitée d’une certaine zone de confort et l’adieu à quelques illusions tenaces, il y aura également eu…

La mer, Méditerranée, souvent, mais aussi Ionienne, Adriatique et la Manche, les palettes splendides de crépuscules mémorables, un lever de soleil sur la Seine, ce qu’il fallait de gourmandise(s), la neige, une danse irlandaise et des madeleines, un bal masqué, des promenades dans les îles et au bord du canal Saint-Martin, les promesses du pont des Arts, de très précieux moments entre amis – parfois ponctués de serrano, de vin blanc et de fromage au point que cela finissait par constituer la base de mon alimentation -, les cerisiers en fleurs, Genève, Londres, New York, Londres encore, Milan, Florence, les Pouilles, Rome, Pistoia, Lyon et Saint-Malo, de la glace à la pistache et du sorbet à la framboise, quelques coupes de champagne toujours en excellente compagnie, le canal du Midi, les coquelicots en bord de plage, des pivoines blanches pour mon anniversaire, des beignets d’acacia et de la tapenade verte, une exploration exhaustive du nouveau département des arts d’Islam au Louvre, deux ou trois jardins secrets, des lunettes de soleil qui n’ont rien à envier aux filles de LA, des conversations qui aspiraient à refaire le monde / modifier le cours de l’existence / trouver la définition du bonheur, plusieurs milliers de pages lues – et quelques monuments de la littérature, un choc esthétique majeur devant l’oeuvre de Sebastião Salgado, de nouvelles adresses fétiches, une dévotion complète à Moleskine, Faber Castell et le papier japonais, une paire d’escarpins ardemment convoitée, la vie en majuscules, enfin.

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2014.

Je vous souhaite une merveilleuse année 2014 ! Qu’elle vous apporte de jolis instants de bonheur, d’incontrôlables enthousiasmes, de grands défis à relever, d’immenses joies, des rencontres étonnantes, des rêves tenaces et une infinité de ces presque rien qui font le sel de la vie.

Quelques ami(e)s et moi avons fait le tour de la question : 2013 n’a pas été à la hauteur. Alors bien sûr, tout n’est pas à jeter. Il faut reconnaître que ce qui s’y est tramé valait la peine d’être vécu, que çà et là, il y a quelques perles de l’existence qui s’y sont logées mais au prix de montagnes russes émotionnelles, de rudesses inutiles, d’épuisantes interrogations. Alors pour cette nouvelle année, j’espère un peu plus de légèreté. Vous savez, celle qui vous installe devant chaque événement avec un petit sourire en coin, ce qu’il faut de distance et une inamovible sérénité, celle qui vous murmure qu’au fond, tout ira bien.

Hit the road, 2014.

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From where I stand.

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Les dégâts sont relativement limités, au fond. Mon orgueil en a pris pour son grade – il fallait bien que cela lui arrive un jour – mais ce sera l’occasion de ne plus me cacher derrière lui pour ignorer les failles d’une confiance en soi chancelante. Première leçon : je ne peux pas tout faire toute seule (drame) mais je ne lâcherai rien. J’ai le souvenir d’une conversation très intéressante avec quelqu’un qui en était passé par les mêmes déconvenues et dont la persévérance ne fut jamais entachée. Son histoire se finit bien. Il en sera de même pour la mienne.

Depuis deux jours, j’ai réfléchi à mon plan d’action – que vous ne m’en voudrez pas de ne pas exposer ici puisqu’il est exclu de rentrer dans les détails de toute cette affaire. Il se fonde essentiellement sur le fait que je peux déjà construire sur des bases solides – que je ne me priverai toutefois pas de renforcer autant que possible -, que ma détermination se trouve étonnamment démultipliée et que ceux qui m’avaient proposé de l’aide le faisaient en connaissance de cause et avec bienveillance, donc autant l’accepter. Le temps devrait jouer en ma faveur. Et je vais m’attaquer frontalement à chaque début de commencement de minuscule faiblesse – sur le fond, la forme, la vie intérieure, le rapport aux autres, tout.

Et d’ailleurs, pour assurer un parfait état d’esprit initial, je vais terminer les quelques pages qu’il me reste à lire du dernier ouvrage de Frédéric Lenoir. Il y a des chances pour qu’il soit littéralement salvateur.

Silver lining.

Alors voilà : je me suis violemment pris la claque la plus douloureuse de ma vie et essuie péniblement ce qui restera comme mon premier échec professionnel fracassant. J’y avais mis mille espoirs, tous mes rêves de petite fille, un enthousiasme sans faille. J’y avais consacré du temps et de l’énergie. J’avais enfin pris le risque, après m’être terrée dans une confortable lâcheté, tissée par les oiseaux de mauvais augures qui étaient parvenus à me convaincre de l’illégitimité de mes aspirations. Mon être tout entier était englué dans le doute. Et si d’autres croyaient en moi, j’arrivais à me persuader que c’était par hypocrisie, par manque d’objectivité ou pour de mauvaises raisons.

Au moment où je vous écris, il me semble me trouver au beau milieu d’un champ de ruines et je m’interroge encore sur les plans qu’il faudrait adopter pour que l’édifice finisse par tenir debout. Mais il tiendra debout, croyez-moi. C’est d’ailleurs pour cela que je suis là : c’est bien joli de se réclamer de l’optimisme forcené, mais encore faut-il se l’appliquer à soi-même lorsque cela s’impose – c’est évidemment plus facile de voir la vie en rose, en plein été, sur une plage des Pouilles mais ce n’est pas comme cela qu’on avance. Je vais donc tenir un état des lieux de ce cheminement-là, ici même.  Le blog apparaîtra comme une contrainte : celle du verre à moitié plein ; il y aura obligation de fournir des éléments constructifs aussi régulièrement que possible.

Je suis  beaucoup trop jeune pour la résignation.

À suivre, donc.

P1220022Façade de la cathédrale de Bath, 2012. 

 

Zest.

Parfois, au beau milieu des carrefours de l’existence, alors que tout semble se jouer, que le répit de l’esprit ne devient qu’un lointain mirage, que toutes les conversations paraissent obéir à une immuable rotation autour des mêmes sujets pour ne devenir qu’un enchaînement d’insolvables interrogations, l’émerveillement surgit. Une fulgurante surprise, inattendue, inespérée peut-être, comme pour insister sur ces vieilles certitudes, sur ce credo tenace dans ces détails qui recèlent l’essence même de toutes mes aspirations. Nous avions trouvé refuge pour quelques jours de parenthèse sur cette côte dont je ne me lasserai jamais tant elle conserve ce je-ne-sais-quoi de l’enfance et nous profitions de ce luxueux calme que réserve l’arrière-saison. Le soleil décline dès seize heures et nous sommes allées plusieurs fois l’observer sur cette plage aux airs encore sauvages, où le panorama s’ouvre sur les îles d’Hyères, créant ainsi l’illusion d’une caldeira. Invariablement, je guettais les reflets dans le ressac, les sinuosités de l’écume, les déclinaisons d’une palette pastel et quelques ricochets. Mais ce soir-là, le spectacle fut tout autre. Sous d’autres latitudes, on fêtait Diwali – les lumières. Et peut-être fallait-il y voir une amusante coïncidence, un signe ou une célébration. Nous nous sommes assises sur le sable, un peu incrédules, devant ce crépuscule qui semblait ne jamais vouloir s’achever et sommes restées là, dans un silence à peine ponctué de « oh » ou de « ah », élémentaires expressions d’une émotion palpable, à mesure que les nuances du ciel s’intensifiaient, attentives juste à n’en perdre aucune variation. Le sable devenait miroir, la Méditerranée s’était parée d’un costume insoupçonné et chaque seconde qui s’écoulait tenait d’une saisissante alchimie.

Ce soir-là, il n’y avait plus rien d’autre au monde.






Cat Power, The Greatest.