Happiness Jar.

Happiness jar

J’ai une affection particulière pour Elizabeth Gilbert. On pourra dire tout et son contraire de Eat, Pray, Love et la posture la plus intellectuellement correcte serait probablement de qualifier son auteure d’Américaine en pleine crise existentielle et sans recul sur le monde qui croit pouvoir faire de son expérience personnelle un guide pour l’humanité toute entière et au pire d’ouvrage mièvre et sans relief. Deux interprétations avec lesquelles je suis en profond désaccord. Je la crois sincère sur ses intentions de départ et, à l’époque où j’ai lu son livre, j’en ai apprécié le caractère authentique, un peu naïf et émerveillé, et surtout, le dynamisme qui s’en dégageait. Elle a avant tout démontré qu’il n’y a pas de fatalité et qu’une vie, même lorsqu’elle est déjà bien engagée sur un chemin convenu et a priori satisfaisant (au moins socialement), peut être bouleversée afin d’opérer un virage drastique. J’aime bien le message selon lequel rien n’est parfaitement établi, qu’avec un peu de volonté, de courage et un soupçon d’inconscience, il n’est jamais trop tard pour changer ce qui ne nous rend pas parfaitement heureux. Et que le bonheur n’est jamais qu’un exercice.

C’est d’ailleurs là que je veux en venir. L’année dernière, j’ai donc réalisé mon plus vieux rêve. Et oui, je suis profondément heureuse et reconnaissante d’en être là. Mon optimisme forcené affiche l’arrogance de celui qui avait raison à chaque fois que mon caractère de Française (ou pire, de Parisienne) entend prendre le dessus et me conduirait à râler. Mais il est évident que la réalisation de ce rêve-là porte en elle-même de nouveaux défis, pose de nouvelles questions, crée de nouvelles incertitudes. Et, au quotidien, il y a, bien sûr, certains motifs d’insatisfactions ou d’anxiété. Il serait assez aisé, les jours de moins bien, de se laisser aller au confort de pensées négatives. Mais ce serait contre mes convictions.

Alors, lorsque Liz (permettez que je l’appelle Liz) a publié sur son compte Facebook, courant janvier, un petit message sur sa « happiness jar », j’étais déjà conquise. L’idée : transformer la kyrielle de jolis moments que nous vivons tous sans vraiment nous en apercevoir en autant d’événements conscients du quotidien et en objet tangible, une jarre remplie de petits papiers sur lesquels on inscrit, chaque soir, les meilleurs instants de la journée, ceux qui nous ont enthousiasmés, ceux dont nous sommes reconnaissants, ceux qui nous font avancer (par exemple, tenez, un café avec des amies pour couper la journée, une attention particulière de l’être aimé, un compliment, une liste de tâches réalisée de bout en bout, une réunion inspirante, la lecture d’un article intéressant, un déjeuner satisfaisant), ou juste un élément qui a participé à nous faire sourire (un joli coucher de soleil, une vitrine alléchante, une scène amusante dans la rue). Liz explique que, dans les moments où le moral flanche un peu, il lui suffit de regarder la jarre physiquement remplie de bons moments, pour retrouver une énergie positive – et si la seule contemplation ne fait pas effet, on peut toujours tirer quelques papiers au sort et les relire.

J’ai poussé le vice jusqu’à concevoir la chose comme un véritable objet de décoration, en choisissant des coloris de papiers qui se marient avec leur environnement et je compte bien leur offrir un récipient plus adapté que le vase dans lequel ils sont glissés (et faire une virée chez Adeline Klam pour agrémenter le tout de papiers japonais). Bref. Ce truc me met bêtement en joie. Passer en revue les moments agréables de chaque journée me conduit à en profiter davantage au moment même où ils surviennent, ou à les provoquer, lorsque je sens que les choses prennent une tournure critique. Regarder les petits papiers s’accumuler me ravit scandaleusement. Je rêve de ce à quoi ce machin pourra bien ressembler dans dix ans. Et m’amuse à la seule idée que, finalement, les « grands » moments de la vie y seront à la même enseigne qu’une foultitude de petits instants heureux.

Happy places.

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C’est arrivé dans le même week-end, dans deux villes différentes. Je me suis retrouvée, un peu par hasard, dans des lieux qui dégageaient une énergie positive, une espèce de dynamisme déterminé, une bonne humeur communicative. Samedi, c’était à Paris. Une amie américaine était là pour quelques jours et nous étions convenues de nous retrouver pour bruncher. Il n’y a pas tant de lieux qui proposent des brunchs le samedi dans Paris. Une recherche sommaire vendredi soir nous a conduites chez Régal, dans le VIème arrondissement. Les avis sur internet promettaient un brunch composé de produits frais et d’excellente qualité. Tout à fait exact. Nous nous sommes… régalées ! (Oui, je sais, elle était évidente). J’ai particulièrement apprécié la volonté de ne pas sombrer dans la facilité des viennoiseries et de proposer un menu qui incite à l’expérimentation. Mention spéciale pour la soupe de légumes du marché savamment relevée au safran, la sélection de fromages, la variété de thés et de jus Alain Milliat, et le moelleux de la brioche au chocolat. Il faut ajouter à ces louanges gustatives un cadre clair, élégant et sobre, une ambiance joyeuse, la joie manifeste des clients et surtout, la capacité de l’équipe à nous faire nous sentir comme à la maison dès les premiers échanges. On s’y sent habitué à peine passé le pas de la porte. Les trois maîtres de cérémonie chantonnent, reprennent un refrain en chœur, taquinent un retardataire, viennent discuter un peu, plutôt que de simplement s’enquérir de notre satisfaction. Le temps s’étirait pour profiter pleinement du moment que nous y passions. En sortant, nous avions une énergie nouvelle, un enthousiasme qui devait au moins autant à ce que nous avions mangé qu’à l’atmosphère du lieu. Comme si, tous les projets dont nous avions parlé pendant la durée de ce brunch pouvaient se réaliser en un claquement de doigts, portés par les bonnes ondes de chez Régal.

Dimanche, je partais à Amsterdam pour un déplacement professionnel. J’avais choisi un hôtel dans le quartier des canaux nord, dont j’avais gardé un excellent souvenir lorsque j’avais découvert cette ville l’année dernière. Une fois encore, j’avais dû composer avec des critères indépendants de ma volonté (un budget, un lieu de réunion, la proximité de la gare). Au point de rencontre de ces différents impératifs et de mon goût pour des hôtels qui ont une âme, du style et un indéniable confort, il y avait The Hoxton. L’adresse de Shoreditch résonnait comme une figure mythique de l’époque où je vivais à Londres. J’ignorais que l’institution s’exportait, désormais. C’était le lieu idéal pour ce morceau de week-end dans une ville que je connais assez mal et dont les contrastes m’ont à nouveau troublée. The Hoxton est bien davantage qu’un hôtel, c’est un lieu de vie : une bibliothèque, un restaurant, un salon, des ordinateurs et un accueil simple, souriant, amical : tout est fait pour s’y sentir bien dans la seconde. Ma chambre avait un petit air rétro qui m’a beaucoup plu, des petits mots plein d’humour et bienveillants étaient glissés un peu partout, et j’aurais pu passer des jours entiers dans le lit-cocon-nuage (avouerais-je que j’ai essayé d’identifier la marque de la literie et du linge de lit pour pouvoir reproduire cet effet-là chez moi ? mais ce fut un échec, hélas…). Le dîner s’est également révélé une belle surprise, aussi délicieux que réconfortant : assise dans un canapé, avec vue sur les cuisines, j’ai adoré l’idée d’un burger sain et végétarien, avec falafel, chips de persil et aubergine grillée, accompagné de butternut rôti. Cet hôtel, aménagé dans cinq maisons traditionnelles amstellodamoises en bord de canal, est un havre de confort, de joie de vivre et de style. Si j’y étais venue entre amis, nous y aurions refait le monde plusieurs fois dans les canapés de la mezzanine, probablement en sirotant les cocktails maison. Si j’y étais venue en amoureux, les petites tables en tête à tête auraient été le décor parfait d’un apéritif de retour de promenade, autour d’un verre de vin et d’une assiette d’inspiration italienne. Et seule, j’ai adoré pouvoir m’échouer dans un profond canapé en cuir, pour lire sous une lumière tamisée, avant de dîner.

Mon amie a qualifié Régal de « happy place » et c’est sans nul doute la meilleure définition pour ces deux lieux. Quelque chose d’ingénu, de vrai, de simple et de joyeux. Je ne pense qu’à y retourner avec des êtres chers, pour partager avec eux cette drôle d’énergie et tous les projets qu’elle fait naître.

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Rituals.

Hello, hello !

Il y a eu comme un petit flottement, par ici. Mais c’est pour mieux revenir, dirons-nous… !

Ce matin, forte d’une semaine qui s’annonce moins harassante que la précédente et d’un ciel bleu sans nuages, je me suis accordée une promenade matinale, peut-être pour profiter davantage de cette journée en plus, dont nous gratifie 2016. C’est ma principale résolution pour équilibrer des semaines où ma vie semble parfois se résumer à l’espace du bureau : rogner sur la matinée pour reposer l’esprit. J’ai lu, bien sûr, la multitude d’articles qui sont parus sur les early-risers et suis prête à croire qu’un tel rythme a des effets très positifs au quotidien. Je m’interroge encore, toutefois, sur ma capacité à réellement le mettre en œuvre – comment ne pas finir par manquer de sommeil et trouver un cycle qui permette également de ne pas se coucher à peine de retour du bureau, par exemple ? Dans l’attente d’inventer peut-être une solution qui me convienne, j’ai développé toute une série de nouvelles habitudes ou de petits rituels à glisser dans le quotidien, qui créent de l’espace et une bouffée d’air.

Les jours de grand ciel bleu, par exemple, la balade matinale s’impose, alternant l’itinéraire entre les Champs-Élysées, la place de la Concorde ou le pont Alexandre III, pour rejoindre le Quai d’Orsay. C’est à chaque fois une vraie parenthèse, la sensation de faire le « bureau buissonnier » pendant une petite demie heure et un regain d’énergie. Il est toujours plus facile de savourer consciencieusement l’instant présent lorsque celui-ci est synonyme de liberté, d’insouciance et de joie que dans d’intenses moments de stress. Ces promenades se soldent toujours par quelques photographies de Paris, redondantes c’est vrai, mais qui pourtant me procurent toujours le même plaisir. Et parfois, il y a les agréables surprises : les fontaines de la Concorde habillées de glace, les magnolias en fleurs ou la silhouette parfaite d’un homme au Borsalino à vélo, qui se détache d’un horizon redessiné par la silhouette de Notre-Dame et de l’Académie française. L’arrivée au bureau est alors plus sereine et enthousiasmante – j’adore mon travail et il me semble alors lui donner pleinement sa place et pouvoir m’y consacrer sans la frustration de l’enfermement. Et, évidemment, lorsque le temps et le temps le permettent, je m’échappe aussi à l’heure du déjeuner… Et c’est très précisément ce que je m’apprête à faire !

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Brand New Year.

L’année 2015 aura été d’une intensité particulière. La dramatique intensité des événements qui ont frappé notre pays résonne encore en chacun de nous et, qu’on le veuille ou non, a altéré quelques habitudes – pour vivre plus fort ou mieux qu’avant, peut-être ? Chez moi, il y a une conscience limpide, désormais, du temps qu’il ne faut pas perdre. Mais 2015, dans son contraste radical, est aussi l’année d’une intensité joyeuse, l’année où ma vie a changé. Je ne cesse de me réjouir de l’étendue des possibles, là, béante. Il n’y a rien d’autre que j’attende de 2016 que de poursuivre sur ce chemin, semé de joie.

Alors, pour 2016, je vous souhaite des horizons dégagés, de nouveaux rêves et quelques uns qui se réalisent, un bonheur contagieux, des frontières à traverser, des crépuscules sur la mer, des saveurs inconnues, d’étonnantes découvertes et mille éclats de rire.

* HAPPY NEW YEAR, FOLKS *

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Paris is about life, right ?

Je suis dans le train qui me ramène vers Paris, après une échappée de quelques jours en Provence. Et je ne parviens pas à ignorer cette boule au ventre qui agrège une appréhension nouvelle et la conscience de ne pas tout à fait retrouver la ville d’où je suis partie. Il y a eu tant d’émotions contradictoires, depuis vendredi : le choc, plus violent encore qu’en janvier, la fébrilité terrifiée tant que chacun de mes proches n’avait pas confirmé qu’il était sain et sauf, l’empressement pour rassurer les amis, l’incrédulité, aussi, devant l’ampleur des événements. Je me sens comme une miraculée que mes cercles n’aient pas été touchés. C’était étrange d’être loin de Paris, ces jours-ci : une oscillation constante entre le sentiment de culpabilité et le soulagement.

Et maintenant ? C’est l’insouciance de la vie parisienne qui a été touchée. J’ai peur que nous perdions cette forme d’impertinence et la douceur de vivre, je crains de croiser des regards qui tressaillent à la moindre pétarade, je ne voudrais pas que Paris soit moins spontanée. Une interrogation revient incessamment : comment faut-il vivre, alors ? Ils nous ont rappelé que tout ceci ne tient qu’à un fil, à un sombre hasard, au destin ou à la fatalité. Au fond, nous le savions. Mais alors : vit-on assez fort ? Et que faudrait-il faire, de plus ou de mieux, pour envoyer valser l’appréhension dictée par ce « ça aurait pu être moi » dans de telles circonstances ?  Peut-être gagnerons-nous au moins une conscience lucide de tout ce qui nous rend heureux. L’énergie de lever les réserves qui nous retiennent, parfois. Et un appétit de vivre encore plus insatiable qu’auparavant.

Les photographies quotidiennes que recèle mon portable furent d’un réconfort inattendu : des apéritifs en terrasse, les sourires des amis, les déjeuners au bord de la Seine, les couleurs de l’automne au Luxembourg, un dîner d’anniversaire avec l’être cher, le crépuscule derrière la Tour Eiffel, l’enfilade des lampadaires du Pont Alexandre III, le matin, avant d’arriver au bureau, la burrata de Chez Julien, Notre-Dame en été, Montmartre sous la neige, les drapeaux du 14 juillet, les palmiers du Petit Palais, les escalators du Bon Marché et même des stations du métro aérien. Ces images sont autant de preuves de ces jolis instants, de cet hédonisme érigé en mode de vie mâtiné de désinvolture, qui parsèment la vie à Paris et que personne ne pourra nous voler. Parce qu’il suffira toujours d’une soirée ensoleillée pour que toute la ville se retrouve sur les quais. Cette joyeuse effronterie, qui les emmerde, reprendra ses droits. Non pas parce qu’il le faut mais parce que nous ne savons pas faire autrement.

 

Made of hopes and dreams.

Il y a quelques semaines, je me suis lancée, un peu par hasard, dans une quête qui contraste singulièrement avec mes priorités coutumières : l’achat immobilier. Oh, ne nous emballons pas puisque rien ne presse mais mon tempérament de cigale m’a soufflé qu’il serait peut-être temps de songer aux choses sérieuses ou au moins à celles qui durent – pourtant, croyez-moi, je suis d’avis que les souvenirs de voyages sont aussi des investissements essentiels et je vous épargnerai mon raisonnement sur les articles de maroquinerie.

Dans cette curieuse entreprise, je me retrouve confrontée à plusieurs problématiques auxquelles je ne m’attendais pas ou que je refusais d’anticiper – mis à part pour les billets d’avion, j’anticipe assez peu, j’en conviens. La première : je suis au moins autant enthousiaste que mortifiée à l’idée de me conformer, un peu malgré moi et sans que cela ait fait l’objet d’une projection quelconque, à l’un de ces impératifs insidieux et absurdes de tout ce qu’il faudrait avoir fait avant trente ans. Je ferai donc une affaire personnelle de ne cocher aucune autre case. Ensuite, mon tempérament optimiste, passionné et parfois, légèrement irréaliste, s’accommode assez mal des contraintes bassement matérielles d’un projet comme celui-ci.

Au cours des dernières années, j’ai compulsé un nombre substantiel de magazines et de blogs de décoration : mon imaginaire s’est nourri d’images d’intérieurs parfaits, de surfaces confortables et baignées de lumière, d’espaces ouverts, atypiques, généreux, de vues dégagées, de balcons pour paresser, de parquets blanchis, de jeux de matières, de toutes les nuances du blanc, de grandes fenêtres et des charmes de l’ancien. Dans la vraie vie, j’habite un appartement orienté plein ouest qui m’offre la joie régulière de couchers de soleil dans le salon que je ne me lasse pas de photographier (évidemment). Mon esprit se complaît donc dans la quête d’un lieu qui matérialiserait tous ces éléments. Et c’est ainsi, munie d’une liste de critères que j’ose à peine exposer aux agences, que je scrute et dissèque chacune des annonces, m’approchant parfois dangereusement d’une espèce de Graal habitable, sans toutefois avoir encore jamais éprouvé ce sentiment d’évidence, moteur d’une décision irrévocable – oserais-je la comparaison ? un peu comme tomber amoureuse.

Mais les caractéristiques de l’appartement rêvé ne sont pas mes seuls tourments. Sa localisation engendre également d’infinies tergiversations. J’imaginais bien, au départ, poser mes valises dans cette ravissante banlieue ouest, où les villes s’organisent autour de châteaux plus ou moins remarquables et portent déjà les traits d’une vie presque provinciale, à trente minutes de la capitale. Les footings dominicaux en forêt pèsent assez lourd dans mes projections – ils sont gage d’équilibre. L’horizon dégagé, la possibilité d’une terrasse et le repos de l’agitation parisienne également. Pourtant… Paris m’attire encore – et vous dire que je m’en étonne tiendrait de l’euphémisme. J’en viens parfois à me dire qu’acquérir mon premier appartement hors les murs relèverait presque de la trahison, une forme de lèse-rêves-d’enfance. La seule perspective de pouvoir envisager un déplacement d’un « chez moi » au bureau à vélo suffit à provoquer une espèce de petite décharge de joie – et oui, l’image des vélos italiens à la sellerie sublime n’y est certes pas étrangère. Alors me voilà, finalement, à m’interroger : le choix de l’arrondissement équivaut-il à un choix de vie ? Aimer profondément le 11ème est-il contraire à mon identité scandaleusement « rive gauche » ? Est-ce bien sérieux de considérer un achat immobilier au prisme des marchés alentours ? Et courir au Luxembourg a-t-il la même saveur qu’une forêt dont la mousse amortit la foulée ?

Mais ne dit-on pas « home is made of hopes and dreams »… ? J’ai assez bien intégré ce précepte, semble-t-il.

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Office with a view.

Il y a toujours une légère tension entre le caractère passionnant d’un métier et le degré de stress auquel il faut faire face tous les jours, n’est-ce pas ? Le mien n’y fait évidemment pas exception. À ceci près que la localisation même du bureau permet quelques parenthèses – juste de quoi souffler quelques minutes devant une perspective dont je ne me lasse pas. Il est un moment peut-être plus privilégié encore, lorsque le soleil décline et que le ciel a semé de quoi accrocher la lumière, la nuancer davantage, jouer d’intenses variations. Je guette alors les premiers signes d’un crépuscule prometteur pour ne surtout pas manquer ce drôle d’instant où tout est parfaitement aligné. Et lorsque cela arrive, capturer une bouffée d’émerveillement, toujours renouvelé.

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Long time no see.

Tiens, vous passez encore par ici, après dix-huit mois de silence ? Formidable ! Je me réjouis de vous retrouver. Il y a eu quelques chambardements, pendant tout ce temps, croyez-moi : une année entière entre parenthèses, le nez dans les révisions pour réussir où j’avais échoué la première fois. J’ai eu la chance inouïe de réaliser mon plus vieux rêve et cette petite décharge émotionnelle qui se manifeste encore à chaque fois que je décline mon identité professionnelle est un signe qui ne trompe pas. Et puis, j’ai savouré quelques mois d’insouciance, marqués par de nouvelles rencontres, de jolis voyages, d’interminables discussions sur le métier, les souliers, les romans de Rufin, l’équilibre, l’alimentation bio. De quoi faire oublier une année… compliquée.

Sur ma « to do list », je n’ai cessé de noter « reprendre le blog », un peu comme un vœu pieux. Mais nous y sommes, semble-t-il : un nouveau décor, les idées qui fourmillent. Alors, où en étions-nous ?

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Happy list.

  • Pendant le petit-déjeuner, observer les oiseaux qui viennent se rassasier à une boule de graines suspendue au buisson, juste devant la fenêtre.
  • Découvrir, de fil en aiguille, un groupe britannique, Arthur Beatrice ; s’extasier sur la qualité de leurs premiers titres ; les écouter en boucle ; les partager avec une oreille exigeante. Et aux notes de Late, danser, imperceptiblement, sur un quai de métro.
  • Manger la première glace de 2014 (yaourt / pistache – oui, c’est important). Et dès le lendemain, savourer la deuxième (poire / caramel – pour éviter les redondances).
  • Comme chaque année, s’étonner des prodiges du printemps et commenter, inlassable, ce vert tendre des saules pleureurs, le jaune vif des forsythias, le rose pâle des cerisiers du Japon.
  • Chaque soir, ou presque, prendre le temps de contempler le crépuscule – entre deux lampadaires, derrière la Tour Eiffel, dans le courant de la Seine.
  • Faire une erreur de réglage (mais chut…!) et se délecter du résultat.

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Empirical bliss.

Mes amis, 2014 vibre bien mieux que sa prédécesseur. Après tout, le titre Happy a envahi toutes les ondes. Coïncidence ? Je ne pense pas.

Outre la recherche des instants heureux au quotidien, le volet empirique de ces résolutions comprend également de véritables parenthèses. Lorsque toutes les conditions sont réunies pour passer bien plus que juste un instant heureux mais 24h, peut-être 48h même, de plénitude absolue. Par exemple tenez : une meilleure amie, une maison où affleurent mille souvenirs d’enfance, des champs, une forêt, un lavoir, le ciel bleu, pas le moindre soupçon de réseau téléphonique, le printemps qui s’éveille et ses premiers bourgeons, 17 degrés à l’ombre, des fraises, un gâteau chocolat-poires, du Ruinart, le parquet qui craque, plusieurs fous-rires. Et ce sentiment grisant de ne vivre que la seconde qui s’écoule, comme si tout le reste – l’avant, l’après – s’évanouissait de lui-même.

Je vous laisse avec quelques images, ressourçantes.



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